Année blanche fiscale : que pourrez-vous déduire en 2018 ?

L’entrée en vigueur du prélèvement à la source est précédée d’une année blanche fiscale en 2018. Faut-il continuer à faire travailler des salariés à domicile, à épargner pour votre retraite ou à faire des travaux sur votre immobilier locatif ?

Salariés à domicile : rien ne change

Si vous faites travailler un jardinier, une femme de ménage ou tout autre salarié à votre domicile, vous bénéficiez d’un crédit d’impôt plafonné égal à 50% de vos dépenses (salaires nets et charges). Ce crédit d’impôt n’est pas remis en cause. L’Etat vous le remboursera en cours d’année 2019.

La même règle s’applique à tous les dispositifs donnant droit à un crédit d’impôt ou à une réduction d’impôt : frais de garde de jeunes enfants, investissement locatif Pinel par exemple.

Retraite Madelin : continuez à épargner…

Les travailleurs non salariés qui ont ouvert un plan d’épargne retraite Madelin ont intérêt à poursuivre leurs versements en 2018. D’abord, parce qu’il y a urgence à compléter sa future retraite. Déduction fiscale ou pas, tout année d’épargne supplémentaire améliore la future pension.

D’autre part, le contrat Madelin n’autorise pas la suspension « opportuniste » des versements. Le titulaire du contrat prend le risque de voir tous ses versements antérieurs réintégrés dans son net imposable ! Sauf s’il peut justifier d’un grave problème de santé ou d’une chute de son chiffre d’affaires.

Il est donc sage de poursuivre ses versements réguliers. En revanche, on peut s’interroger sur le montant du versement exceptionnel de fin d’année. Car une autre règle rentre en ligne de compte. L’épargne retraite Madelin est déduite fiscalement du revenu professionnel, et non du revenu du foyer fiscal.

… mais ajustez vos versements

Or, pour profiter de l’année blanche fiscale, il faut que votre revenu professionnel 2018 soit inférieur ou égal au meilleur revenu de vos années 2015, 2016 et 2017. A l’inverse, si 2018 est votre meilleure année depuis 2015, l’excédent sera taxé comme un revenu exceptionnel. Et il serait dommage de payer des impôts quand l’Etat est prêt à vous en faire cadeau.

Aussi, vous pouvez utiliser votre épargne Madelin pour ajuster votre revenu professionnel 2018. Imaginons que votre meilleure année depuis 2015 était à 110 000 euros, et que vous estimiez vos revenus 2018 à 120 000 euros, une fois déduits vos versements Madelin réguliers.

Soit l’Etat taxe vos 10 000 euros d’excédent au titre des revenus exceptionnels.

Soit vous effectuez un versement Madelin exceptionnel de 10 000 euros qui ramène votre BNC de l’année à 110 000 euros. Vous échappez alors à l’impôt et vous améliorez votre future pension.

Un bémol : la règle du « disponible Madelin », c’est-à-dire du plafonnement des versements déductibles, reste en vigueur. Dans notre exemple, il faut donc que le total de vos versements (versements réguliers + versement exceptionnel de 10 000 euros) reste inférieur à ce plafond, dont le montant se calcule en fonction de votre revenu de l’année.

PERP : difficile de trancher

Les versements sur votre Plan d’épargne retraite populaire (PERP) ne sont pas déductibles du revenu professionnel mais de celui du foyer fiscal. Ceux effectués en 2018 ne génèreront donc aucune réduction d’impôt.

Les non-salariés ont donc intérêt à optimiser en priorité leurs versements Madelin, comme expliqué ci-dessus.

Dans un second temps, ils se poseront la question des versements PERP dans les mêmes termes que les salariés, qui eux n’ont pas accès aux dispositifs Madelin.

S’ils versent pour compléter une retraite obligatoire annoncée comme insuffisante, ils doivent continuer à le faire en 2018. Particulièrement s’ils sont jeunes : leur épargne aura le temps de fructifier.

S’ils ont un objectif fiscal, ils doivent se méfier du dispositif anti-optimisation créé par Bercy. Son principe : si vous versez moins sur votre PERP en 2018 que l’année précédente (2017) et que l’année suivante (2019), votre avantage fiscal 2019 sera réduit.

Exemple : vous versez 10 000 euros en 2017, 3 000 euros seulement en 2018, 10 000 euros à nouveau pour 2019.

Dans ce cas, vous ne pourrez déduire que la moyenne de vos versements 2018 et 2019. Soit 6 500 euros (3 000 + 10 000 /2) dans notre exemple, alors que vous avez versé 10 000 euros.

Immobilier locatif : faites les gros travaux, différez les petits

Vous louez un bien non meublé et vos loyers sont imposés en tant que revenus fonciers ? Alors vous n’avez pas intérêt à effectuer des travaux de faible importance en 2018. En effet, vous pourrez déduire 50% de leur coût de vos revenus 2018, mais sans aucun bénéfice fiscal. Et vous ne pourrez déduire de vos revenus 2019 que les 50% restants.

A l’inverse, vous serez gagnant si vous entreprenez des gros travaux. Car ces 50% déduits des revenus 2019 s’ajouteront au report du déficit foncier, ce qui générera au total une réduction du revenu imposable supérieure au montant des travaux.

Où se situe la limite entre travaux de « faible importance » et « gros travaux » ? Des fiscalistes ont fait le calcul. Leur conclusion : vous serez gagnant si le montant de vos travaux 2018 est supérieur au double de vos revenus fonciers de l’année plus deux fois 10 700 euros.

Exemple : vous louez un bien qui vous rapporte 9 300 euros de revenus fonciers imposables par an nets de charges. La facture doit dépasser les 40 000 euros (9 300 + 9 300 + 10 700 + 10 700) pour que les règles fixées par le fisc commencent à jouer à votre avantage.

Imaginons par exemple que vous entrepreniez une rénovation complète qui vous coûte 50 000 euros. Vous déduirez 20 000 euros de votre revenu fiscal 2018, soit 9 300 euros pour couvrir l’intégralité de vos revenus fonciers de l’année plus 10 700 euros de déficit foncier imputable. Mais cette déduction n’aura pas d’impact fiscal en raison de l’année blanche.

En revanche, votre déficit foncier reportable s’élèvera à 30 000 euros (50 000 – 20 000).

Les années suivantes, vous déduirez ce déficit reportable de vos revenus fonciers. Mais dès 2019, vous déduirez aussi de vos revenus 25 000 euros représentant 50% du coût des travaux. Au total, vous déduirez donc 55 000 euros (30 000 + 25 000) alors que vos travaux n’en auront coûté que 50 000.

 

Année blanche fiscaleCyril Moulin, ingénieur patrimonial Axios

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